Recueil d'articles et études sur les avantages d'une éducation bilingue ou plurilingue précoce.
31 Décembre 2013
Maladie d'Alzheimer
Les avantages du bilinguisme
Être bilingue permet de retarder l'apparition des symptômes de la maladie.
19 novembre 2016.Pauline Gravel. Sciences et technologie.
Il est évidemment pratique de maîtriser deux voire plusieurs langues. Mais les scientifiques ont découvert que le bilinguisme procure bien d'autres forces secrètes qui s'avèrent particulièrement utiles lorsque nous vieillissons.
Plusieurs études ont montré que les personnes bilingues réussissent mieux que les personnes unilingues à suivre une conversation dans un environnement bruyant ou à dévier leur attention vers une nouvelle importante qui est annoncée à la radio alors qu'elles parlent au téléphone, par exemple. Les chercheurs ont remarqué que cet avantage était plus évident chez les jeunes enfants et les personnes âgées, soit au moment de la vie où nous avons moins de réserve qu'à l'âge adulte. Qui plus est, les symptômes de la maladie d'Alzheimer apparaissent jusqu'à cinq ans plus tard chez les personnes bilingues ayant été diagnostiquées que chez leurs homologues unilingues.
Dans les tâches langagières où il faut inhiber une information pour se concentrer sur une autre qui est plus pertinente, les gens bilingues sont plus rapides et font moins d'erreurs que les unilingues. "Les gens bilingues sont donc meilleurs dans la gestion de l'interférence et ce, probablement parce qu'ils utilisent des stratégies plus efficaces", précise Ana Inès Ansaldo professeure à l'École d'Orthophonie et d'Audiologie de l'Université de Montréal.
Mêmes les analphabètes bilingues!
Plusieurs chercheurs ont d'abord attribué des personnes bilingues sur les unilingues à d'autres facteurs souvent associés au bilinguisme, comme le niveau de scolarité et le statut socioéconomique, "car les sujets bilingues sont souvent plus éduqués que les sujet unilingues et, de ce fait, leur statut socioéconomique est meilleur. Ils vivent donc généralement dans un milieu cognitivement plus stimulant. Autant de facteurs qui peuvent aussi avoir une influence dans la réserve cognitive que l'on peut cumuler tout au long de notre vie", fait remarquer la chercheuse. Mais une étude effectuée en Inde et en Écosse a clairement battu en brèche ces arguments en montrant que même les analphabètes bilingues vivant dans des milieux défavorisés présentaient un avantage sur les unilingue dans la gestion des interférences.
Plus de matière grise.
Des études anatomiques ont aussi montré que le bilinguisme génère "une réserve neurale". D'une part, on a observé une plus grande densité de matière grise chez les gens bilingues âgés que chez les unilingues au même âge. La matière grise correspond au cortex cérébral qui est la fine couche qui enveloppe le cerveau et qui joue un rôle central dans le fonctionnement cognitif. Ainsi, plus les personnes étaient compétentes dans leur langue seconde, plus leur densité de matière grise était grande. "Cette caractéristique est présente même chez les personnes qui n'ont pas parlé une deuxième langue toute leur vie. Juste le fait de l'apprendre rapidement de façon intensive accroît la matière grise" ajoute Mme Ansaldo. Et cela a été prouvé par des études allemandes effectuées sur des pilotes de compagnie aérienne qui avaient dû apprendre l'allemand en très peu de temps et dont la matière grise s'était accrue ainsi très rapidement.
Plus de substance blanche.
Dautre part, on a aussi remarqué que la densité de la substance blanche était plus grande chez les sujets bilingues âgés que chez les unilingues d'âge correspondant. La substance blanche, qui est composée des axones - les prolongements des cellules nerveuses-, qui connectent entre elles les différentes régions du cerveau, étaient plus abondantes, particulièrement dans le corps calleux, cette structure qui joint les deux hémispères cérébraux, et les faisceaux longitudinaux supérieurs qui relient les lobes frontaux aux lobes pariétaux et aux lobes occipitaux. " Le fait de trouver plus de substance blanche chez les sujets bilingues âgés que chez les unilingues âgés nous a permis de supposer que les bilingues en avaient développé plus que les unilingues ce qui expliquait qu'en dépit du fait que tout le monde en perd un peu en vieillissant, ils en avaient, tout de même, plus que les unilingues du même âge" affirme Mme Ansaldo qui présidait le congrès internationnal en orthophonie et en audiologie qui avait lieu cette semaine à Montréal.
Avantage caché.
Lorsque l'équipe d'Ana Inès Ansaldo a évalué les performances des sujets bilingues et unilingues dans une tâche d'interférence autre que langagière, afin de voir si les bilingues étaient avantagés dans leur façon de fonctionner globalement et non pas seulement au niveau verbal, elle n'a pu retrouver l'atout que possèdent habituellement les gens dans les tâches verbales.
La tâches des participants consistait à appuyer sur une clé située à leur droite quand apparaissait un carré jaune à l'écran et à appuyer sur une clé sise à leur gauche quand ils voyaient un carre bleu, et ce, indépendamment de l'endroit où le carré surgissait à l'écran. "Les sujets devaient ignorer la localisation du carré sur l'écran et se concentrer sur la couleur du carré" précise la chercheuse.
Comportement équivalent.
Autant les bilingues que les unilingues sont parvenus à effectuer correctement cette tâche, et leurs performances se sont avérées équivalentes. Les bilingues n'étaient donc pas meilleurs que les unilingues.
Par contre, lorsque les chercheurs ont enregistré l'activité de leur cerveau durant l'exécution de la tâche, ils ont observé que les choses se passaient très différemment dans la tête des bilingues et des unilingues. Alors que les unilingues activaient de nombreuses aires cérébrales différentes, les bilingues ne mobilisaient que deux foyers spécifiques. "Pour être capables d'accomplir la tâches, les unilingues pédalent beaucoup plus, ils mettent à profit davantage de ressources, ils recrutent un plus grand nombre de circuits cérébraux que les bilingues, qui eux sollicitent un circuit qui est beaucoup plus spécifique et beaucoup plus limité. Le cerveau des bilingues semble être beaucoup plus efficient car il n'active que ce qui est nécessaire pour remplir la tâche avec succès" souligne la chercheuse.
Activité cérébrale différente.
Tandis que les sujets bilingues n'activaient qu'un circuit du cortex pariétal inférieur qui est spécialisé dans le traitement des informations visuelles reliées aux objets (comme leur couleur), les unilingues sollicitaient également la contribution des circuits moteurs (associés à la réponse motrice) et du circuit de la fonction exécutive situé en grande parie dans le cortex frontal qui, "dans ce cas-ci gérait la compétition entre la localisation et la couleur du carré" et devait donc inhiber l'information associée à la localisation.
Fonction exécutive.
"Il y a plusieurs composantes de notre comportement qui doivent s'intégrer pour que celui-ci soit harmonieux, fonctionnel et adapté à la situation. Or, c'est la fonction exécutive -qui est gérée par un circuit complexe qui inclue, entre autres les lobes frontaux- qui est le grand organisateur, voire le chef d'orchestre de notre comportement, qui va prioriser certaines choses, en inhiber d'autres, et ainsi selectionner l'information la plus pertinente. La fonction exécutive est extrêmement utile dans la vie de tous les jours. On l'utilise quand on prend des notes lors d'un cours, quand on doit ignorer le bruit autour de soi pour poursuivre une conversation ou quand on participe à une conversation et que plein de choses à faire surgissent dans votre esprit" donne comme exemple Mme Ansaldo.
Cortex frontal.
"Le fait que les gens bilingues accomplissent certaines tâches d'interférence sans avoir besoin d'utiliser le cortex frontal semble être un avantage, car les lobes frontaux sont particulièrement vulnérables au vieillissement, qui s'accompagne toujours d'une perte de matière grise. Le fait de ne pas avoir à solliciter ce circuit pour un nombre de tâches est l'avantage bilingue. Moins de besoins on a, plus heureux on est", explique Mme Ansaldo.
"Le bilinguisme agit comme un bouclier de protection en induisant l'accroissement de la matière grise dans les régions-clés du traitement de l'interférence. Cette réserve cognitive peut ensuite être utilisée quand on en a besoin, soit au cours du vieillissement normal comme dans le vieillisement pathologique. C'est probablement ce qui permet d'expliquer que les symptômes de démence apparaissent quatre à cinq ans plus tard chez les bilingues que chez les unilingues. En permettant une utilisation plus économique des réseaux neuronaux, le bilinguisme est un avantage potentiel dans les situations critiques" précise la chercheuse.
Se concentrer sur l'essentiel.
Selon la chercheuse Ana Inès Ansaldo, ces résultats montrent que le bilinguisme accroît la capacité à se focaliser sur l'essentiel de ce que l'on doit faire. "En passant d'une langue à l'autre, le bilingue développe cette capacité à jongler, non pas juste avec les mots, car une langue n'est pas que des mots, mais avec le sens figuré des mots, la façon de s'exprimer, le non-verbal soit tout ce qui varie d'une langue à l'autre. Le bilingue doit inhiber tout ça dans la langue qu'il n'utilise pas quand il parle à quelqu'un. Et lorsqu'il change d'interlocuteur, il doit inhiber tout ce qui correspond à cette langue-là et passer à l'autre. La capacité à jongler avec les langues que les bilingues utilisent constamment contribuerait à les rendre experts à se concentrer sur ce qui est essentiel dans un contexte donné. On croit que c'est ce qui pourrait caractériser le cerveau bilingue" explique Mme Ansaldo.